2011
Ce nom mérite à lui seul une explication… fort utile pour comprendre la suite !
6666… quoi ?
kilomètres ? Ce serait trop !
mètres ? N’en faisons donc pas un plat…
Mais si c’était verticalement ? Là, tout coureur de trail pense à la 6000D : grande classique, affichant 6000 m de dénivelé… OK, donc rien que du classique pour des trailers ? Sauf qu’ici il s’agit de dénivelé positif… Il faudra donc grimper 6666 m, en descendre un peu plus sachant que l’arrivée se trouve plus bas que le départ, et ce sur 118 km : alléchant ou inquiétant… au choix !
En tous les cas, rassurant de savoir que les concepteurs ne sont rien de moins qu’Antoine GUILLON (l’un des tous meilleurs du circuit des ultras) et Pascal LLAGONE, qui ont évidemment mis leurs épouses et enfants dans le coup !
Antoine étant l’un des fers de lance de la Team GO2, son épreuve ouvre naturellement le challenge organisé par la marque de nutrition sportive, et c’est tout naturellement que Bran HERY s’y rend, pour la représenter mais aussi pour courir ; Antoine étant un ami de longue date, je suis évidemment heureux de pouvoir participer à la fête…
Quoique, je ne fais pas le fanfaron mardi soir en partant chez mon kiné. Depuis l’Écotrail de Paris, de nombreux signes de ma vieille pubalgie refont surface, et je m’en remets à son avis pour savoir s’il est vraiment possible de s’aligner sur une telle épreuve. Toujours aussi magicien, il trouve l’origine de mes derniers maux, et, me connaissant, pense que je peux tenter…
Bran ayant la gentillesse de passer me prendre de bon matin le jeudi, nous arrivons dans l’après-midi à Roquebrun, lieu d’arrivée, et sommes surpris pas la fraîcheur locale : il faisait tellement plus chaud dans notre Bretagne ! Pourtant, ne nous y trompons pas, les oliviers et palmiers attestent de la douceur du climat, le jardin méditerranéen qui surplombe la ville également ! Nous nous posons dans notre « campotel », puis retrouvons les petites familles organisatrices sur la place, gérant tout à merveille, dans le calme… mais les traits tirés ! Notre coffre, rempli par les produits GO2, qui seront présents en abondance sur les ravitos, se vide : il va sans doute nous falloir pas mal d’énergie pour qu’il y en ait autant, alors que nous ne sommes que 200 coureurs !
Bonne nuit avant le jour J, puisque le départ a lieu le vendredi, à 21h. Fin calculateur, Antoine a prévu que c’était la meilleure heure pour que la majorité arrive de jour, et surtout passe le Caroux de jour… Cette journée tranquille se déroule à un rythme pour le moins peu habituel ! Rien à faire d’autre que se préparer, se reposer, faire connaissance. En particulier avec Fabrice Breton, directeur de Génération Trail, le site qui monte et qui n’a certainement pas fini de faire parler de lui (http://www.generation-trail.com/index.php) !
Nous retrouvons aussi Philippe VERDIER, organisateur de la No Finish Line, et Olivier TRIBONDEAU, organisateur de la Montagn’Hard, venu en famille.
Sur la ligne de départ à Vailhan, village d’Antoine, beaucoup de têtes connues, et visite très sympa d’un collègue, Hervé CHIFFOLEAU, venu en famille, avec Clara et Allan, alors qu’ils sont en vacances dans la région. Ils ont déjà arpenté les sentiers de la région, sous un grand soleil… Mais ce soir il fait froid, et je suis heureux de retrouver Michel et Marie-France TORSIELLO, mes fidèles amis trailers depuis plus de dix ans maintenant : comme d’habitude, Michel a placé son camping car à moins de 20m de la ligne de départ, et je suis particulièrement sensible à la chaleur de l’habitacle, aussi agréable que celle de ses propriétaires. Bien que V3, Michel sera de la partie dans la version « relais à deux », sur la seconde partie, tout comme Bran d’ailleurs, qui fait connaissance avec son premier relayeur.
Pas vraiment besoin de s’échauffer longuement, si ce n’est pour se réchauffer ! Le briefing de départ, orchestré par le même animateur que l’UTMB, est à l’image d’Antoine et Pascal : simple, précis… et à bien y regarder, ne serait-ce pas eux les plus affûtés sur cette ligne de départ ? Logique ! Ce sont eux qui ont arpenté tous les chemins pour les reconnaître, voire les ouvrir à certains endroits, les baliser, les rebaliser… et… ils vont y retourner ! Effectivement, ils se méfient du débalisage, et ont bien raison !
Pascal nous prévient : « je tiens à ce que tout le monde arrive »… Bien loin de certaines organisations qui cherchent à montrer que leur épreuve est rude en mettant en avant le pourcentage d’abondons… Quant à Antoine, fin stratège, il nous rappelle combien il est essentiel d’arriver frais dans le Caroux, après une partie relativement roulante…
Ça y est, c’est parti… Pas de précipitation excessive, et même grande prudence pour moi, en regard de ma petite forme. Je me retrouve donc très vite avec Philippe, comme sur de nombreuses courses déjà, et fidèles à nos habitudes il descend mieux, je grimpe mieux, mais nous sommes heureux de pouvoir partager ces moments de bonheur à la lueur de nos frontales, allumées dès les premiers mètres. Je ne me permettrai pas de paraphraser Antoine sur les beautés du parcours : il le fait bien mieux que moi sur le site de la course, photos à l’appui (http://6666occitane.fr/accueil_016.htm). On comprend simplement que ce qui est très roulant pour lui ne l’est pas forcément pour tous, et l’on admire son sens du détail, en particulier celui d’avoir fait éclairer des beaux monuments historiques : moulins, clochers, superbes murs de pierres sèches …
Yannick CLEVY nous rejoint un moment et la discussion s’engage rapidement : il a décidé d’avancer le plus rapidement possible, mais ce calcul est dangereux, même si cela ne l’empêchera pas de terminer, pas si mal d’ailleurs.
À l’occasion du premier ravito de Faugères (rassurez-vous, pas de vin à mettre dans les camelbacks), je retrouve Bran, qui s’est proposé de m’assister en début de parcours. Alors qu’Antoine doit être sur les chemins, toute sa petite famille est là, avec de nombreux bénévoles, le sourire aux lèvres malgré l’heure tardive. Nous nous engageons alors pour une grosse portion de 25 km avant le prochain ravitaillement, à commencer par une belle première montée, à l’issue de laquelle je me retrouve seul. Je finis pas doubler Pascal BLANC, l’un des prétendants au titre, qui ne semble pas au sommet de sa forme.
En fait, ce qui est assez extraordinaire, c’est que dans ces moments de solitude, je ne suis jamais vraiment seul, entrant en communion avec tous les êtres qui me sont chers, et dont la présence rend ma course vraiment agréable lorsqu’aucun souci physique ne vient m’embêter.
J’arrive donc sans encombre à Lamalou et ses thermes… quoique… Pour atteindre le ravitaillement, il est nécessaire de franchir une rivière et … surprise : les premières crampes apparaissent ! Où ? Aux adducteurs, bien sûr, pubalgie oblige ! Il va falloir faire avec… Je m’hydrate le plus possible, avale un gel AC+ de GO2, et sur les conseils de Bran entame la montée en étirant le plus possible mes muscles : il faut au moins une heure pour arriver au sommet, donc inutile de s’en priver ! J’ai la chance de rejoindre Benoît CHARLES-MANGEON, qui participe en relais avec son amie : la route est toujours moins longue à deux ! D’autant plus que le terrain a changé : nous arrivons progressivement dans le massif du Caroux, le royaume des pierres, ou plus exactement des blocs de pierre !
Troisième ravito : Colombières. Si la moitié des km est faite, le gros du dénivelé reste à faire… Comme nous avions le droit de déposer un sac à l’organisation pour l’utiliser en ce point, j’en profite pour changer de chaussures, enlever mes chaussettes et me remettre de la pommade : on n’est jamais trop prudent ! Je teste aussi le nouveau « Speed Récup » de GO2 (http://go2store.fr/index.php) : Bran m’avait prévenu, c’est pas mal du tout.
Pendant ce temps, Alice GARNIER, l’amie de Benoît, a bel et bien filé, et il me sera impossible de la retrouver, alors qu’il me semble que je monte encore correctement, dans cet univers où je ne peux qu’être admiratif face au travail réalisé pour tailler de tels chemins dans la pierre ! Malheureusement, arrivé en haut, des balises manquent et il fait encore nuit noire… moment le plus terrible où je « jardine » dans tous les sens, ayant l’impression de trouver partout d’immenses falaises. Ne voyant vraiment pas où passer, je finis par sortir mon sifflet : première fois en 11 ans de trail ! Ouf, un coureur arrive, mais il a bien du mal lui aussi, heureusement son GPS finira par nous aider, alors qu’apparaît Philippe : une bonne demi-heure de perdue pour moi : ce sont les lois de la course, mais ça fait râler ! , surtout que le Sentier des Gardes qui suit est terrible ! Heureusement, mes chaussettes strap de Kalenji sont là pour me protéger les chevilles mises à rude épreuve.
J’arrive donc bien entamé à Mons, ce qui n’est pas de bon augure, car le secteur Mons - Olargues est particulièrement délicat, c’est d’ailleurs à cette occasion que je me fais doubler par Patrice PAQUIER, paraissant encore bien frais. Toutefois, avant d’arriver à Olargues, je retrouve Alice, qui se voit dans l’obligation d’abandonner à cause d’un genou : dommage, car ils formaient le meilleur relais de deux ! En tous les cas, la traversée de ce village est vraiment somptueuse, avec ses superbes ruelles qui ne sont autre chose que des escaliers taillés à même la falaise !
Plus qu’un ravitaillement avant l’arrivée : il n’y a plus qu’à s’accrocher, même si je me sens déjà bien vidé. La One for Five, la petite dernière de GO2, m’a bien donné un coup de fouet pour commencer la journée, mais elle est maintenant bien loin, et ce qui est pénible dans ces moments-là, c’est que j’ai envie de tout sauf de me ravitailler en gels… Heureusement, les soupes prises régulièrement aux ravitos sont efficaces.
La dernière portion me paraît interminable ! Je croyais que ça allait se faire sans encombre, mais je n’en vois pas la fin ! J’apprendrai à l’arrivée que nous avons tous eu la même sensation ! Quel bonheur d’apercevoir enfin en contrebas le village de Roquebrun, sous le soleil ! Beaucoup d’émotion sur cette ligne d’arrivée, où l’accueil est si chaleureux, et où après 17h18 d’effort, des larmes de joie s’échappent. Je finis donc 4ème, à tout de même une 1h45 du premier, l’Espagnol Oscar PEREZ LOPEZ, qui a dominé largement les débats ! Dans ces moments-là, ma petite famille me manque, et je sais que c’est réciproque, alors je la rassure rapidement.
Après une bonne douche, je trouve beaucoup de plaisir à aller à la rencontre de Michel, en forme, puis de Bran, qui a eu bien des mésaventures : son relayeur ayant abandonné, il est allé chercher le dossard… au second ravitaillement… et y a d’ailleurs laissé sa voiture… Heureusement, Jean-Luc BERNADAC, le relayeur de Michel, m’y emmène, et comme il connaît parfaitement la région, c’est pour moi l’occasion de mieux appréhender le chemin parcouru depuis la veille : phénoménal ! Si, à l’UTMB, nous avons le Mont Blanc à nos côtés sur tout le circuit, là, nous nous retrouvons avec l’impression d’être passés par tous les sommets qui nous environnent, et le Caroux traversé de nuit apparaît bien comme la pièce maîtresse ! J’apprends à cette occasion que c’est un mouflon que j’ai vu au cours de mon périple. Je n’ai en revanche pas croisé le regard de sangliers… mais n’en suis pas farouchement malheureux : ils ont tant et si bien labouré le terrain par endroits que les monotraces ressemblent plus à un champ… très bien retourné !!!
De retour, nous décidons de prendre la route immédiatement après notre repas d’après course, d’autant plus que son fiston a choisi ce week-end pour se fracturer la cheville. Bien que je sois désolé pour Antoine et Anne, qui ont à cœur de nous réunir sur le podium le lendemain (avec de superbes lots mettant en valeur les talents locaux), une fois tout le monde rentré au bercail, c’est aussi bien pour nos familles... Le repas se fait à la mairie où les portions sont aussi larges et bonnes que les sourires des bénévoles, inquiets de nous voir partir pour une nouvelle nuit, même si ce n’est pas à pied, mais le retour se fait sans encombre, des images plein la tête, et une réserve de souvenirs aidant à attaquer la rentrée !
Bref, une première édition vraiment réussie, qui en appelle d’autres : Merci à vous Antoine, Pascal, à vos épouses et enfants, ainsi qu’à tous les bénévoles que vous avez su mobiliser ! Jusqu’aux élus qui ont joué le jeu en relais : preuve d’un esprit d’équipe qui donne des ailes… et des jambes !