C'est une tradition maintenant depuis 2012 : à quelques semaines du départ, nous avons demandé à certaines personnes, coureurs, de l'élite et du peloton, ou bénévoles, ou autres de se prêter au petit jeu des questions-réponses.
Erik CLAVERY
Bonjour Eric,
1 La 6666 Occitane est heureuse de t’accueillir. Après la Transmartinique 2013 que tu as brillamment remportée, tu projettes une saison 2014 davantage axée sur l’ultra ?
Oui effectivement, je projette comme objectif n°1 cette année l’UTMB® fin août, et plus globalement de m’axer maintenant plus sur l’ultra. Je prends énormément de plaisir à courir ces distances et l’esprit me plaît énormément.
Cette victoire en Martinique m’a permis de découvrir et d’approfondir mes connaissances de cette discipline après mes deux essais (2 x 4ème) au Grand Raid de la Réunion.
2 Imagines-tu la tête qu’auraient fait tes parents si lors de ta naissance la sage femme leur avait annoncé : « c’est un garçon, il sera champion du monde de trail ! » ? Pourtant, un poil extralucide, c’est ce qu’elle aurait dû dire. Étais-tu attiré tout jeune par les défis ?
Oui j’ai été attiré tout petit par les défis, et ce sont d’ailleurs mes parents qui m’y ont motivé. Quand à annoncer « il sera champion du Monde », mes parents n’ont pas osé le dire mais mon frère, lui, l’avait prédit avant même que je ne sache marcher !
Pour les défis, j’en ai fait très tôt, puisqu’à 10 ans et demi, mon père m’a fait faire un test (avec d’autre personnes…mais adultes !) de 1 heure sur piste. Â cet âge, j’avais parcouru 11,6 km dans l’heure !
3 Tu passais des séjours originaux dans ton enfance. Est-ce que tes vacances en bateau sur les côtes grecques ont influencé tes choix sportifs et développé ton goût de l’aventure ?
Oh oui certainement ! En fait, c’était des vacances en bateau, mais il faut ajouter que nous campions sur des ilots grecs et que nous mangions le poisson pêché. Seul le riz était acheté ! Des souvenirs d’aventures extra, mais il y en a tellement d’autre…une nuit dans un canyon des Pyrénées espagnoles, des weekends en bateau sur des iles anglo-normandes (Chausey et les Minquiers), camping sauvage en Malaisie …
C’est ce que j’aime, le défi, l’aventure, ce genre d’expérience qui restent gravées !
4 Après ta 1ère Diagonale des Fous en 2009, où tu obtiens une superbe 4e place, tu as écrit un long récit, plus de cent pages je crois ; te sens-tu l’âme d’un écrivain, cela nous promet-il un livre dans les prochaines années ?
Ohhh que non je ne me sens pas du tout écrivain ! J’aime lire, j’adore écrire, mais de là à devenir écrivain…hum…
Mais j’ai un collègue coureur d’Ultra, avec qui j’ai justement une expérience unique de mon premier ultra, le Grand Raid en 2009, où nous nous sommes engagés dans un sprint de 20km sur le final, qui lui est un vrai écrivain ! (et que je conseille ! J )
5 Te verra-t-on sur l’Ultra Trail World Tour, et que penses-tu de cette initiative ?
Je suis mitigé sur cette initiative. L’idée est belle que de réunir le must de l’Ultra Trail sur un circuit mondial. Mais a contrario, ça encourage à courir beaucoup, et je ne sais pas si on peut réellement être performant sur une accumulation d’Ultra sur une même saison. Mais j’avoue ne pas avoir beaucoup de recul là-dessus n’ayant pas encore accumulé beaucoup d’ultras.
Mais dans l’esprit, courir le monde sur un ensemble d’ultras, à la découverte d’environnements toujours différents…ah oui ! C’est une belle invitation au voyage. Géographique, culturel, et voyage sur soi-même.
6 As-tu une idée précise du type de terrain qui t’attend sur la 6666 Occitane ?
Pas du tout ! Ce sera pour moi du coup une belle expérience et une belle découverte !
Je n’ai qu’un regret…ne pas avoir le temps de faire un saut jusqu’à la mer pour y faire une petite plongée !!! Il paraît que les fonds y sont garnis de poissons !
Mais une chose est certaine, j’ai hâte d’y être !
7 Dans la famille Clavery, tu ne seras pas seul à courir ce week-end là, peux-tu nous en dire plus ?
Et bien effectivement, quand je me déplace, je ne me déplace pas seul !
Alors du coup, moi je fais le 103km, LA 6666 ( !!) ; mon beau père va courir le 43km du samedi matin, ma future femme le 11.5km du dimanche matin et peut-être que mon père et ma mère pourraient également courir sur une course ! Quand on aime on ne compte pas, et j’en connais quelques uns (dont moi !) qui sont fans d’un certain Antoine Guillon ! Alors…
Rendez-vous fin mai dans l’Hérault !!
Nous te souhaitons de prendre bien du plaisir, ainsi qu’à tes proches.
A visiter le site d'Erik : Erik Clavery
Voir son livre : ici
Stéphane TAILHADES
1 Tu habites dans l’Hérault, à la Salvetat sur Agout, lieu d’un trail qui n’existe plus aujourd’hui, la « Ronde des mille au printemps » ; peux-tu nous décrire ton environnement ?
Tout d’abord, merci Antoine de me solliciter, et content de prendre le relais de mon ami Lionel Planes qui avait été mis à contribution l’année dernière.
Mon environnement se constitue de lacs et de forêts, même si depuis quelques années celles-ci subissent de nombreuses coupes. Nous avons la chance de pouvoir courir sur un sol souple et de pouvoir croiser plus souvent des chevreuils que des véhicules motorisés.
Pour le petit scoop, la « Ronde des milles au printemps », que tu avais brillamment remportée à tes débuts, pourrait renaître de ses cendres, en essayant d’y associer les eaux minérales de la Salvetat, eau gazeuse la plus vendue de France (un peu de chauvinisme au passage).
Mais, élections municipales oblige, il faudra attendre 2015 afin de savoir si les attentes des coureurs des hauts cantons se concrétiseront.
2 Tu es pour moi le champion du monde de l’encyclopédie sportive, doté d’une mémoire phénoménale, capable d’énumérer le palmarès de chaque arrivant d’un trail ou d’une cyclo. Cette passion te vient d’où ?
Pour ma mémoire je me plais à faire illusion, mais celle-ci est déclinante. Je fais juste attention de parler des résultats que je connais, et comme je suis très bavard… D’ailleurs du côté de Lunas on à même dû me retirer le micro des mains une année, car je continuais à parler alors que la remise des prix était terminée depuis un bon moment. Des mauvaises langues ont même dit que certains murets, qui à leur grand regret n’avaient d’autre option que de rester à continuer à m’écouter, en ont tellement souffert qu’ils n’ont pas survécu à l’hiver suivant.
En ce qui concerne ma passion, elle me vient de mon enfance avec comme point d’orgue chaque dimanche soir l’incontournable magazine Stade 2. Et chaque mois de juillet le tour de France cycliste.
Aujourd’hui encore je regarde souvent les étapes de montagne dans leur totalité et j’échange une vingtaine de SMS avec mon ami Alain Mirales afin de recueillir ses impressions et de lui faire part des miennes.
Pour ce qui est du trail je m’intéresse de très près aux résultats, car j’ai de nombreux copains et mon grand frère à qui il arrive de tenir le « haut du pavé » (encore une histoire de pavé, dûe à mon admiration pour Paris Roubaix ou peut-être au fait que je sois un enfant de mai 68, ce qui explique peut-être aussi mon côté un petit peu...différent)
De plus au travers de mes animations j’ai pu faire la connaissance de nombreux champions qui m’impressionnent par leurs performances.
Et puis, au niveau international après avoir eu comme ami d’enfance Laurent Charbonnel champion d’Europe et du monde d’enduro en 350, j’ai la chance de connaître un certain Antoine Guillon qui m’a donné de belles émotions du côté de l’UTMB® et à présent de la Diagonale des fous. Il m’arrive régulièrement de rentrer en état de transe quand je suis devant mon ordinateur et que j’assiste à des retours sur le devant de la course dont toi seul a le secret.
Passionné je suis et passionné j’ai bien peur de rester car ce n’est pas toujours facile à vivre pour mon entourage.
3 Parle nous de ton métier, de tes gars qui participeront en tant que bénévoles aux ultras occitans.
Je suis moniteur éducateur dans un foyer d’hébergement pour adultes handicapés mentaux avec une spécificité sportive puisque je possède un brevet d’état d’activités physiques pour tous.
J’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur une équipe de professionnels et une direction qui ont compris tous les bienfaits de créer du lien en s’associant à des organisations. Ce faisant, et au vu de ma passion pour le trail, j’ai pu fédérer une équipe de bénévoles avec laquelle nous prenons le volet animation d’un certain nombre de courses (trail du Caroux, trail des caminols, trail du roc de la lune, trail des banuts et le raid taillaventure).
C’est toujours une surprise pour les organisateurs de voir des personnes dites handicapées avec un tel savoir-faire et savoir être sur les ravitaillements d’arrivée. En effet, j’ai bien peur de leur avoir donner le virus. J’en veux pour preuve la concertation que je viens d’avoir avec eux pour tenir le ravitaillement d’Olargues le 31 mai. En effet, j’avais prévu de leur faire tenir le ravitaillement de 19h30 à 0h30 et au final ils ont insisté très très fortement pour pouvoir le tenir de 12h30 à 0h30,
Il faut dire qu’ils étaient heureux de pouvoir participer à cet évènement qui, on le pense pour le GRO, sera le plus difficile de la région et même j’oserai dire de France.
4 Tu as lancé il y a quelques années « la montée sèche du sentier des gardes » à Mons-la-Trivalle qui se pratique entre copains. Tu nous en dis un peu plus ? À quand une épreuve officielle ?
La montée du sentier des gardes c’est quelque chose. Il n’est qu’à savoir que la passerelle qui en marque le début se nomme la passerelle des soupirs du fait que ces messieurs de l’Office National des Forêts lorsqu’ils la franchissaient avaient un soupir en pensant à ce qui les attendait pour rejoindre le plateau afin d’y procéder à des plantations.
Et, ce qui attendra les participants le 8 mai 2014 à 11h00 (puisque mon ami Cyril Abbal et l’association Caroux x trail se joignent au foyer du plateau des lacs pour en faire une épreuve officielle) ce sont 3700 mètres pour 830 d+, ce qui en fera le premier kilomètre vertical du département. Les concurrents de la 6666 et du GRO auront l’occasion de s’en faire une idée puisqu’ils l’emprunteront dans le sens de la descente.
À noter que c’est toujours toi Antoine qui en détiens le record en 40mn16s. Une prime en bon d’achat de 80 euros au magasin sport et nature est prévu si le vainqueur bat ce record.
Un diplôme sera remis à chaque participant comme c’est le cas lors des cyclosportives, lequel permettra à chacun d’avoir un souvenir de son ascension et de pouvoir revenir les années suivantes afin de tenter de battre son record.
Suite à la course une grillade permettra à tous les coureurs de se rassembler autour d’une ou de plusieurs bonnes bières.
5 Le Caroux, c’est une montagne à part, ceux qui la fréquentent ne peuvent que tomber sous le charme, pas vrai ?
Le Caroux est en effet une montagne à part, et je ne suis pas peu fier de t'avoir fait découvrir son ascension par le sentier des gardes il y à maintenant quelques années de cela. C’est un massif qui séduit de plus en plus de trailers, il n’est qu’à voir le nombre croissant de coureurs inscrits sur les ultras occitans et sur le trail du Caroux. Et dire que pour la première édition du « raid du Caroux » en 2000 nous n’étions qu’une petite quinzaine de coureurs au départ, et dire aussi qu’au début des années 2000 il m’arrivait de marcher lorsque je croisais des randonneurs afin de ne pas me faire traiter de « jobastre ».
Il s’agit d’un massif qui se mérite car exigeant au niveau physique et technique.
Mis à part mes trois épreuves fétiches (ultra ocitan, trail du Caroux et montée du sentier des gardes), le Caroux est pour moi associé à l’image du mouflon qui d’ailleurs en est son emblème. En effet, suite à leur réintroduction en 1956 et 1960 nous avons à présent la plus importante population de mouflons de Corse de France, donc d’Europe, et donc… du monde
Quelle fascination de croiser un vieux mâle cornu au détour d’un rocher. C’est d’ailleurs ce que je souhaite aux participants de l’édition 2014
J’ai dernièrement ouï dire qu’il y aurait un chamois qui serait venu s’installer sur le massif. Toi qui parcours le Caroux dans tous ses recoins l’aurais-tu aperçu ? À moins que les gardes de l’Office National de la chasse n’aient eu une hallucination à force de voir des traileurs parcourir le massif en long, en large, et pour certains un peu plus émoussés, et dont je fais très souvent partie « en travers ».
6 Tu as vu évoluer le trail depuis ses débuts, comment perçois-tu sa montée en puissance, sa position dans la société ?
Et comment que je l’ai vu évoluer. Quand je te vois en lice pour l’élection du sportif de l’année du Languedoc Roussillon aux côtés des Agnel et autres Fourcade j’en ai les larmes qui me montent. Ce que tu fais pour notre discipline c’est très grand.
Sinon, courir en communion avec la nature, découvrir les plus jolis recoins d’un territoire ça rend cette discipline attractive.
Mais aussi et surtout, l’attraction qu’ont su susciter les champions de la discipline n’est pas innocente à l’évolution du trail.
Un trail c’est un rêve que l’on fait avant la course par la promesse qui nous en est donnée, pendant la course par la découverte du tracé, et après la course par le souvenir qu’on en garde. Ça donne de la couleur à la vie, et actuellement on en a bien besoin. S’évader, s’amuser, VIVRE.
Eric BOSSUT
Bonjour Eric,
1 Trailer héraultais depuis de nombreuses années, avec les montagnes du Caroux au bout de ta rue, comment t’est venue cette passion du trail ?
Au collège, dans le Nord, j’avais réussi à me payer une paire de pointes pour participer aux cross de l’ASSU le mercredi, des petites courses très boueuses qui ne dépassaient peut-être même pas le kilomètre à l’époque ; et puis en arrivant à Olargues, j’ai pris le départ du cross du village (4,2 km) et je l’ai même remporté la seconde fois…on devait être une petite vingtaine de coureurs!
Mais ça, c’était avant…
Au début des années 2000, assister à la première arrivée du feu Grand Raid Caroux-Espinouse m’ a réellement donné l’envie d’en être ; l’année suivante, je m’alignais en relais sur la Ronde des Mille à La Salvetat, dans la foulée au raid des Mouflons et au tout premier raid Taill’Aventure. Depuis, je cours…
2 Tu habites Olargues, sur le parcours de la 6666 et du Grand Raid, et tu es le seul participant finisher de toutes les éditions (2 x 6666 et 2 x le GRO), un bel exploit quand on connait la difficulté des parcours. Quel est selon toi la ou les clés de la réussite pour venir à bout de ces parcours ?
Pas de secret, c'est l'entraînement qui prime.
Quitte à rester très classique, pour les Occitanes, je pense qu’il faut prendre chaque tronçon comme une étape à part entière, sans penser à la suivante et surtout à mon niveau, sans essayer de jouer la gagne. Mentalement, j’essaie toujours de progresser sans subir le parcours, et dans les gros coups de mou je visualise toujours l’arrivée ou alors, je trouve d’autres motivations. L’année passée, ma grande fille était à la coupe de France de judo à la même date; juste avant d’atteindre Olargues, je l’ai appelée pour avoir ses résultats: elle n’a pas été championne mais quel boost d’apprendre ses exploits!
Typiquement sur la 6666 (ou le GRO), le parcours est réellement varié, en paysages comme en difficultés, alors je découpe le périple en temps de progression plus qu‘en kilomètres ou en dénivelé. Par exemple, en quittant Lamalou, je peux prévoir de mettre 3 heures pour atteindre Colombières ; si j’en mets 4, cela n’a aucune importance : de toute façon, je gomme l’étape et j’estime le temps suivant pour atteindre Mons.
Et puis, j’essaie toujours d’atteindre ces moments magiques où le corps progresse alors que la tête ne lui demande plus rien; dans ces moments-là, le temps passe plus vite, le parcours aussi…
3 Les coureurs emprunteront entre le Montahut et le Cros, un magnifique sentier longeant un ruisseau. Il était tombé dans l’oubli, envahi par la végétation, recouvert par le travail du temps. Quelques mois avant la 1ère édition de la 6666, tu l’as rouvert pour les coureurs ?
C’était l’euphorie de vos débuts en tant qu’organisateurs ; avec Pascal Llagone, vous faisiez des recherches de parcours à tout-va, bien souvent seuls et parfois avec nous, les Taill’Aventures. Et c’est au cours de l’une d’elles que Bernard Schoutheer (6ème à la première 6666) m’a parlé d’un sentier à cet endroit-là…Il m’a fallu retrouver ses traces, ou le recréer par endroits, mais sous les ronces, les fougères, les murets effondrés et les châtaigniers tombés, il y avait bien un magnifique sentier, caladé par endroits, à même le rocher à d’autres. Toute la famille a retroussé ses manches et pour la seconde édition de la 6666 occitane, nous avons même remanié le haut du sentier.
Depuis, il fait partie de mes terrains d’entraînement réguliers et j’y croise même des descendeurs à vélo.
4 Connaissant parfaitement l’ensemble du circuit des deux ultras, peux tu préciser aux lecteurs quels types de terrains ils rencontreront au fil de leur avancée ?
Sans rentrer dans les détails de chaque section, je pense pouvoir dire que tout y est…sauf peut-être une longue étendue de sable fin!
En raccourci, vous trouverez au début des sous-bois ludiques assez souples avec quelques passages sur de larges pistes et même sur une lande d’épineux assez piégeuse, puis de beaux monotraces où affleurent déjà les cailloux sous les chênes verts et les châtaigniers, un sentier amorti sous les pins en sortant de Lamalou, puis beaucoup, beaucoup, beaucoup de cailloux et de rochers en tout genre, ronds dans les gorges de Colombières, plats et glissants dans l’Esquino d’Aze, bien plus acérés aux sommets comme à Montahut, avec tout de même certains passages assez bien répartis en pistes pour permettre un minimum de relâchement dans la concentration, mais aussi de belles calades entre Mons et Bardou par exemple, des passages de ruisseaux comme aux 3 recs, des descentes bien raides comme à Naudech et des ascensions où les mains peuvent s ‘avérer utiles par exemple dans les pierriers des Ourliades ou dans la redoutable montée de l’aigle. Depuis Olargues, le domaine minéral s’estompe pour laisser un peu plus de place à la terre, mais le caillou est encore là, par exemple au sortir de Vieussan sur le flanc de cette montagne où le sentier semble jouer à cache-cache et il faudra terminer par un long cheminement en sous-bois sous les chênes verts entre les murets avant de soudain déboucher sur la végétation méditerranéenne de Roquebrun.
5 Que peux-tu nous dire sur les 43 km de la Saute Mouflon, dont le parcours est le suivant : Lamalou - la Fage – plateau du Caroux -Esquino d’ Aze - Bartouyre – Mons – Courbou - Ceps et Roquebrun ?
À peine plus qu'un marathon en distance, mais pour beaucoup le chrono d'un Templiers, j'en ai peur. Même si on ne parle pas d'un ultra-trail, il ne sera pas à prendre à la légère : lui aussi mérite sa préparation "spécifique" si j'ose dire. Le parcours présente de bonnes portions roulantes avec un bon passage bien piquant entre la descente du plateau du Caroux et Mons.
Cette Saute Mouflon aura le mérite de bien représenter un extrait de ses deux grandes sœurs avec pourtant une bonne variété de paysages!
6 Tu es membre du Club Taill’aventure, qui organisera cette année la 11e édition du fameux Raid Taill’aventure support des Championnats de France de raid multisports en 2014. Peux-tu nous en dire plus sur ce club précurseur en trail et doté d’une grande dynamique auprès des jeunes ?
Taill'Aventure, dans mon esprit, c'est le côté sport d'équipe de nos disciplines : je ne m'entraîne que très rarement avec mes co-adhérents, mais il existe toujours une émulation Taill' en course qui me fera avancer plus vite au kilomètre suivant ; et puis, le club s'est engagé régulièrement sur des relais où tu prends plus de plaisir à te décarcasser pour le groupe que pour toi-même.
Il est également indéniable que la relève y est bien présente! Nos enfants commencent par nous suivre de loin, puis se testent et finissent ou finiront par nous déposer. En attendant, ils dénichent d'autres talents et le club développe encore son dynamisme. C'est tellement vrai à Lunas!
Quant au Raid Taill'Aventure, j'ose parler de maturité même si dès la première édition toutes les conditions étaient réunies : Michel Vidal et toute l'équipe sont des traceurs à l'imagination sans fin quand il s'agit de trouver des parcours chaque année innovants. Et pour en arriver là, il faut qu'eux-mêmes soient aguerris...rappelons-nous qu'ils côtoient des Teams reconnus dans les raids nationaux. Que le Raid Taill soit intégré au championnat national me semble une juste reconnaissance du milieu.
7 Le trail, et le sport en général est un art de vivre dans la famille Bossut il me semble ?
Peut-être bien, et certainement pour se détourner de toutes les autres tentations!
Il n'empêche que le sport provoque des émotions incomparables que toute la tribu partage avec plaisir, me semble-t-il : terminer un raid en famille, accompagner un des siens à la ceinture noire, ou encore les réconforter en cas d'échec, autant de moments intenses en émotions où les liens familiaux sont étroits.
Merci Eric, et bonne préparation pour un 5e titre de finisher !
Merci à toi Antoine, et à toute l'équipe de nous proposer ces défis ! Bon courage pour cette ultra-épreuve que reste l'organisation d'un tel événement...
Janick DELVA
Bonjour Janick, tu reviens dans l’Hérault pour t’attaquer cette fois au Grand Raid Occitan, après une 6666 Occitane 2011 couronnée d’une seconde place féminine et 15e au scratch. Ton parcours est semé de réussites, avec notamment une 4ème place au Grand Raid de la Réunion 2011, une seconde place à la Ronda Dels Cims en Andorre (170 km) et une victoire sur l’ultra du Toubkal en 2012. On ne compte plus tes victoires en Belgique.
1 D’où t’est venue cette attirance pour l’ultra ? Y avait-il des signes précurseurs dans ton enfance ?
J’ai débuté la course à pieds il y a 7 ans. Après une année de jogging, je me suis orientée vers les courses nature et mes premiers trails, j’ai rapidement pris goût à ces sensations. J’adore, la gestion de la course, de l’effort, courir la nuit, la beauté des paysages et les rencontres qu’offre cette discipline.
Je n’avais aucun signe précurseur, même si j’ai toujours adoré la nature, je me souviens qu’enfant, je détestais marcher !
2 Peux-tu nous dire comment évolue le trail en Belgique ?
Le trail évolue fortement en Belgique depuis 2 ou 3 ans, le nombre de courses et de participants augmente. La ligue belge francophone d’athlétisme a organisé un premier championnat de Belgique trail courte distance en 2012 et en 2013, il y a eu un championnat courte distance(38km) et un longue distance(69km).
Création également de nouveaux teams (Skinfit, Craft, Lafuma et Raidlight). Cette année, je fais toujours partie du Team Salomon (voir la page Facebook du Team Salomon Belgique).
3 Comment te prépares-tu pour compenser le manque de dénivelé et devenir performante sur des épreuves robustes ?
Il faut savoir que, juste derrière mon domicile, il y a une cote de 128m de D+ !!! C’est du luxe ! j habite dans les ardennes, il est possible de trouver des cotes de 300m. Je fais alors des entrainements spécifiques en répétant les cotes plusieurs fois. Mais le plus difficile pour moi en montagne, ce sont plutôt les longues descentes.
4 Toi qui a couru dans le Caroux et à la Réunion, peux-tu établir un comparatif de terrain entre les deux et indiquer selon toi la façon d’aborder la préparation physique aux épreuves occitanes ?
C’est difficile d’établir un comparatif. Pour moi, les 2 courses sont très différentes.
Au départ de la Réunion, j’étais assez stressée, je n’avais couru cette distance et je savais qu’il fallait gérer 2 nuits. J’ai beaucoup apprécié les parties techniques… je me souviens d’un nombre incalculable de marches d’escalier et de belles glissades dans la section « Mare à boue ». Compte tenu de l’heure de départ, j’ai malheureusement passé plus de temps de nuit que de jour. Je n’ai donc pas pu profiter des paysages. Vers 7h du matin je devais être au dernier ravitaillement avec cette partie route interminable…
Quant à l’Occitane, j’en ai profité une fois sous la pluie et une fois sous un soleil de plomb ! J’ai pris beaucoup de plaisir sur l’Occitane, c’est pour cela que j’y reviens encore cette année. La variété et la technicité du parcours me conviennent parfaitement. Les paysages du Caroux sont magnifiques. J’attends donc la météo 2014 avec impatience !
Pour ce qui est de la préparation, j’augmente progressivement mon kilométrage d’entraînement, je me suis inscrite sur plusieurs trails en Belgique.
5 Pour toi, à quoi correspond la préparation mentale pour de si grandes épreuves ?
Je n’ai pas vraiment de préparation mentale, lorsque je choisis un trail, il faut que le parcours me corresponde, je sais que je suis plus performante sur des parties techniques et que je m’ennuie très vite dès qu’il y a de la route… Pour moi, le principal moteur est le plaisir et la découverte.
6 Te verra-t-on en 2014 sur l’Ultra Trail World Tour ? Qu’en penses-tu ?
Non, je ne serai pas sur l’UTWT. Mon calendrier est déjà établi et ces déplacements sont difficilement compatibles avec mes enfants ! J’y participerai dans quelques années en ainée 3 !!!
Je participe à l’Occitane ensuite, j’ai reçu une invitation pour représenter la Belgique à l’Ultra D Trail (commémoration du débarquement de Normandie) 15 jours après l’Occitane….
Fin août, l’Échappée Belle et si j’ai encore des jambes… championnat de Belgique le 28 septembre !
Merci Janick, bonne préparation !
Didier MUSSARD
Cher Didier, en tant qu’ami et grand représentant du trail Réunionnais, tu fais un immense honneur à l’association 6666 Occitane en venant participer à cette épreuve. Nos lecteurs métropolitains te connaissent par tes exploits, 2e du Grand Raid de la Réunion en 2008, 3e en 2011, vainqueur d’innombrables épreuves dont 3 sur le Royal Raid de l’île Maurice. Tu détiens en outre la meilleure performance réunionnaise sur la CCC avec une 6e place.
1 Peux-tu te présenter ?
Bonjour à tous, Je m’appelle Didier Mussard, je vis en couple avec 1 enfant, mon petit Lucas. Je travaille comme médiateur de l’environnement à la commune de St Philippe, dans le sud de l'île, où je réside.
2 Né à Saint Philippe, tu étais donc tout proche des sentiers grimpant au Volcan. A quel moment t’es venu l’envie de partir courir en nature ?
A la suite de mon service militaire en l’année 2000, j’ai repris goût au sport et à la course nature. Le trail et le succès du Grand Raid me donnaient envie de courir dans les sentiers qui se trouvaient à proximité de chez moi.
3 Quel souvenir gardes-tu de ce Grand Raid 2008 où tu termines second ? Te sentais-tu poussé par ta famille et par l’île toute entière ?
La course avec Pascal PARNY fut fantastique, pour moi c’était le meilleur Réunionnais à l’époque, on est resté de longues heures ensemble où l’on parlait de la course, des entraînements, de notre vie familiale et professionnelle, le tout poussé par un public fantastique qui nous voyait arriver main dans la main. C’est d’ailleurs Pascal qui m’a motivé, encouragé et parlé de cette possibilité de terminer ensemble. Mais malheureusement, le sort l’a joué autrement. Fatigue, fringale, plus de jus et je lui ai dit à Deux-Bras que je n’en pouvais plus. J’ai même pensé à arrêter. Mais poussé par les Réunionnais qui m’encourageaient et toute l’équipe bénévole du Grand Raid, j’ai repris mon chemin pour une seconde place. Un grand merci à Pascal.
4 Peux-tu nous donner quelques détails sur ta préparation globale, volume d’entraînement, durée des sorties longues ?
Pour un programme de prépa Grand Raid par exemple, je fais 6 entraînements par semaine.
2 séances de vélo de 2h30
2 séances de 2h30 de footing en montagne, lent ou rapide selon les sensations.
1 séance de fractionné
Et le week end une sortie longue de 8 à 12H
5 Je me rappelle du Grand Raid 2011 où nous avons couru au coude à coude pendant plus de 100 km avant que tu ne t’échappes, un grand moment de trail avec Lionel TRIVEL et Michel LANNE, tu nous racontais tes sorties solitaires dans des conditions parfois difficiles ; le trail c’est aussi toutes ces rencontres ?
Ce fut fantastique de se trouver avec vous à ce moment-là et aussi longtemps, je ne vous connaissais pas bien et ces 100km nous ont permis d’échanger, et au fur à mesure de la course de vous parler de la spécificité des sentiers, de vous aiguiller, de vous parler de mon île.
6 Quels conseils donnerais-tu aux coureurs pour continuer quand le corps fatigue ?
Tant qu’il n’y a pas de gros problèmes physiques, il faut serrer les dents, c’est pareil pour tout le monde, chaque raideur souffre à un moment ou à un autre. On s’accroche, on pense à sa famille et aux sacrifices faits tout au long de l’année, au public qui nous encourage et aux engagements et la confiance de notre sponsor / équipementier que l’on représente.
7 Est-ce que le trail a changé ta vie ?
Le trail a énormément changé ma vie, j’ai pu connaître mon île dans toute sa splendeur et apprécier sa merveilleuse nature. J’ai pu voyager, faire des trails autres que la Réunion : CCC®, le Mont Ventoux, le Trail de L’Olympe en Grèce, grâce à mon équipementier.
Rencontrer des personnes extraordinaires comme toi, Kilian, Julien Chorier, Michel Lanne, Seb Chaigneaux qui aiment la Réunion. Et dernièrement François D’Haene dernier vainqueur du Grand Raid.
Le trail m’a permis d’être connu et reconnu et grâce à cela, ma commune me fait confiance professionnellement.
8 Le Caroux qui t’attend demande une préparation spécifique sur terrain rocheux, comme chez toi ; un dernier conseil aux coureurs en tant que spécialiste au pied cabri ?
Déjà se faire plaisir sur le terrain. Ne pas hésiter à pratiquer sur le terrain technique et de faire des recos pour s’habituer et s’adapter aux types de sentiers.
Merci Didier, et au plaisir de te voir voler dans nos montagnes héraultaises.
Merci à vous tous, je vous donne RDV fin mai sur vos terres que j’aurai plaisir à découvrir.
A bientôt.
Didier MUSSARD
Renaud ROUANET
Bonjour Renaud, bienvenue sur le Grand Raid Occitan, un monstre que tu connais globalement pour en avoir arpenté diverses sections au cours de la 6666 et lors de recos ou entraînements. Ce même monstre, tu n’en soupçonnais pas l’existence alors qu’enfant tu habitais au pied du Caroux.
1 Peux-tu partager avec nous l’évolution de tes relations avec cette montagne ?
C’est vrai que longtemps terrain inconnu pour moi, j’ai découvert le Caroux quand je me suis mis à l’escalade d’abord, mais surtout au trail ensuite.
J’adore aujourd’hui courir ce massif qui me rend tant d’énergie et de plaisir, et je ne manque jamais l’occasion d’y user mes Hoka dès que j’en ai la possibilité.
2 En trail, on parle souvent de dépasser ses limites, quelle vision as-tu de cette notion ?
C’est pour moi une notion de dépassement de soi, où l’on découvre des capacités physiques et mentales insoupçonnables sans la pratique d’un tel sport d’ultra endurance.
Mais pour moi, le plaisir doit rester le maître mot de cette pratique.
3 Le goût du défi, tu le cultives depuis quel âge ? Aurais-tu une anecdote à ce sujet ?
Je pense que depuis tout gamin et les heures passer à crapahuter les sentiers escarpés des hauts cantons (du côté de Violgues, à côté d’Olargues), avec mon grand-père et mon cousin entre autres, où nous nous défoulions en grimpant, marchant derrière les moutons ou à la chasse, voire en courant à grandes enjambées pour arriver le plus vite au goûter ou à la maison, j’ai pris plaisir à arpenter ces terrain escarpés et rudes de la région.
Mais l’esprit compétitif, je l’ai acquis en découvrant la notion de dépassement de soi, aux cours notamment des différent concours ou tests sportifs dans mon métier de Pompier.
4 Quand nous courons ensemble, tu portes toujours un sac de ciment, c’est assez incroyable dans les cols ? Là, je sens que les lecteurs sont stupéfaits. Bon, en fait, ton poids de forme est juste de 25kg supérieur au mien, et pourtant, tu fais fi de la pente, aussi bien en montée qu’en descente. Explique-nous comment tu t’entraînes pour gagner à la fois puissance et agilité.
Je pense que c’est une affaire de volonté… : comme je ne trouve pas la volonté de perdre 15kg, je trouve la hargne pour cravacher dans les pentes !!
Non, blague à part, j’ai toujours pratiqué des sports « incompatibles » avec mon physique : escalade, vélo, Trail… c’est cette notion d’incompatibilité qui me motive à relever le défi !
Combien de fois on me demande pourquoi je ne pratiquerai pas plutôt le rugby. Ben… parce que je n’ai pas envie de passer mes we à me faire écraser le pif !
Sinon, côté prépa, Jean-Claude Banfi, mon entraîneur me concocte de bonnes séances de renforcement musculaire orientées notamment sur de la force pure, afin d’éviter toute prise de volume supplémentaire tout en travaillant la puissance.
5 Après quelques années dans le team Lafuma, tu intègres en 2014 le Team Hoka, le début d’une nouvelle aventure avec de beaux rendez-vous prévus ?
Oui, nouveau team avec des coureurs tous très sympa et charismatiques et finalement, pas mal d’anciens Lafuma, comme Lionel et Damien Trivel, Pascal Blanc…
Hoka m’a séduit par leur dynamisme et leur philosophie, et notamment celle de fabriquer des chaussures performantes dont le but est aussi et surtout de préserver la santé du coureur.
Côté courses, mes objectifs principaux de la saison seront le plaisir, avec pour cela le Grand Raid Occitan, et un petit compte à régler avec l’UTMB® que j’aimerais boucler une bonne fois pour toute !
6 Ta préparation au Grand Raid Occitan va-t-elle varier de celle que tu as suivie pour celui de la Réunion 2013 ?
Elle s’en rapprochera fortement avec une pointe de travail de vitesse supplémentaire en vue d’anticiper sur l’UTMB® qui reste une course où ça court.
7 Quels sont selon toi les pièges des épreuves Occitanes, Saute-Mouflon, 6666 et Grand Raid ?
Les plus gros pièges seront à mon avis de sous estimer la difficulté de ce terrain vraiment rude, et la chaleur, surtout de nuit, que l’on ne ressent pas forcément et qui laisse la déshydratation arriver sans crier gare.
Attention aussi au Tamarou, qui peut rôder la nuit dans les travers ou au détour d’un « bartas » !!
Merci Renaud, à bientôt sur les sentiers.